Par Sofia Descalzi

Les militantes et militants de la justice climatique continuent de nous avertir que nous devons nous unir afin de résoudre la crise climatique actuelle, et ils ont raison. Cependant, les gouvernements de partout au monde ne se montrent pas à la hauteur en refusant d’occasionner les changements décrits dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et l’Accord de Paris afin de freiner les émissions de carbone et d’éviter une catastrophe environnementale. Alors que nous faisons face aux effets désastreux des changements climatiques, des milliards de dollars en fonds publics sont alloués à l’infrastructure, à la promotion et au sauvetage financier de l’industrie pétrolière et gazière, tandis que les services publics qui appuient le passage à l’énergie renouvelable sont négligés.

Tandis que les fonds publics sont utilisés pour soutenir les entreprises des fossiles combustibles, le gouvernement fédéral n’investit pas dans un système d’éducation accessible de haute qualité. Les étudiantes et étudiants au Canada font maintenant face à une crise au sein du système d’éducation postsecondaire puisque l’endettement étudiant public national total a atteint un montant sans précédent de 36 milliards de dollars. Si cette tendance se maintient, on estime, que d’ici 2020-2021, le montant des prêts étudiants émis par le gouvernement fédéral sera de trois milliards de dollars par année.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il ne nous reste que 11 années pour mettre en place des mesures importantes qui protégeront la planète d’une catastrophe irréversible. Par contre, quand les gens ont des centaines de milliers de dollars de dettes, ils se concentrent habituellement sur se rendre au lendemain au lieu de travailler ensemble pour réorganiser la société. Beaucoup d’étudiantes et d’étudiants doivent obtenir plus d’un emploi pour couvrir les coûts de la vie et de leur éducation, comme le logement, les frais de scolarité, les manuels scolaires et l’épicerie.

En même temps, une compétition féroce sur le marché du travail oblige les gens à accepter des stages non rémunérés, ce qui les mène à s’endetter davantage. Comme les militantes et militants du climat ont souvent expliqués, nous avons besoin d’un effort concerté similaire à ceux de la Grande Dépression ou de la Deuxième Guerre mondiale pour passer à travers cette période difficile. Tous les niveaux de la société doivent s’unir pour consacrer leur temps et leur énergie à la lutte contre les changements climatiques, et nous ne pouvons y arriver si une génération entière est accablée de milliards de dollars en dette étudiante. En empêchant les gens d’atteindre une stabilité financière, le modèle actuel des réformes fragmentaires et du sous-financement chronique pour l’éducation postsecondaire devient complice de la destruction de notre avenir–ou du moins de ce qu’il en reste.

L’érosion des investissements publics dans l’éducation postsecondaire laisse les établissements en manque constant de fonds, ce qui donne l’occasion aux compagnies pétrolières et gazières privées d’offrir des ressources économiques et de poursuivre leurs propres objectifs. Une simple recherche internet démontre à quel point l’industrie pétrolière est entrelacée avec les établissements d’enseignement comme l’Université Dalhousie, l’Université Memorial, l’Université de Calgary et l’Université de Waterloo. En effet, des douzaines d’universités et de collèges de partout au Canada refusent de se désinvestir des combustibles fossiles malgré les demandes répétées des étudiantes et étudiants, faisant en sorte que les établissements postsecondaires au Canada sont plus dépendants des investissements dans les combustibles fossiles que ceux en Angleterre et en Australie. Les établissements postsecondaires ne devraient jamais profiter de l’industrie pétrolière et gazière, car cette dépendance économique pourrait compromettre le financement disponible pour la recherche fondée sur la curiosité envers les sources d’énergies non renouvelables. Ces établissements devraient faciliter notre transition vers l’énergie renouvelable grâce à la recherche et à l’innovation. À la place, ils agissent à titre de centres d’enrichissement pour l’industrie pétrolière et gazière.

Mais il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Poussées par des engagements envers une réelle réconciliation avec les peuples des Premières nations, métis et inuits, des centaines d’organisations ont déjà signé le manifeste Un Bond vers l’avant afin de faire la transition vers une économie entièrement renouvelable d’ici 2030. Pareillement, plus tôt cette année, la conférence Powershift : Jeunes en action a rassemblé des centaines de militantes et militants de la justice climatique de partout au pays pour raffermir la nécessité d’une Nouvelle entente verte au Canada qui comprend les changements de politiques nécessaires pour cesser l’expansion des combustibles fossiles et investir complètement dans une économie verte. La vision d’un avenir vert dépend majoritairement du principe d’une transition juste, ce qui inclut la réorganisation du marché du travail afin de créer une économie fondée sur l’énergie renouvelable et une population bien éduquée. Le succès de ces solutions aux changements climatiques dépend des façons dont les gouvernements fédéral et provinciaux traitent l’éducation postsecondaire.

Nos collèges et nos universités pourraient servir de centres de planification et d’élaboration nécessaires pour mettre en place des stratégies visionnaires demandées par la population afin de répondre à l’ampleur de la crise climatique. Par exemple, la création de programmes de technologies vertes, l’inclusion de questions liées à la réduction des changements climatiques et à l’adaptation à ceux-ci dans les programmes de cours de différents départements universitaires, et la requalification des travailleuses et travailleurs dans l’industrie de l’énergie non-renouvelable. En fait, notre avenir collectif doit inclure une éducation postsecondaire publique universelle qui est complètement interreliée à la justice climatique. Et cela ne peut se réaliser que si les collèges et les universités sont complètement financés et peuvent offrir des programmes de haute qualité.

À l’occasion de cette Journée de la Terre, nous devrions tous voir grand. Nous avons besoin de justice climatique ancrée dans l’éradication de la pauvreté et la garantie d’emplois pour toutes et tous, peu importe leur formation. L’éducation postsecondaire est l’un des outils qui peut nous mener vers cet avenir et nous devons pousser les dirigeantes et dirigeants élus à investir grandement dans les services publics dès maintenant. Nous ne pouvons nous permettre de continuer à gaspiller des ressources dans l’expansion de l’industrie pétrolière et gazière et de perdre la seule planète que nous avons.