Par Rawan Habib, Presidente, York Federation of Students

La société canadienne est fière de son multiculturalisme et de sa diversité. Beaucoup d’universités et d’établissements canadiens reflètent des récits semblables, et promeuvent le même sentiment de fierté envers la diversité et l’inclusion sur leur campus. Le récit du multiculturalisme et de la diversité, par contre, ne reconnait pas que le racisme institutionnel qui existe au sein de notre société est causé par notre historique colonisateur et l’influence actuelle du néocolonialisme.

Plusieurs établissements de partout au pays ont commencé à lancer des projets et des initiatives de diversité populaires. La majorité des initiatives de diversité sont lancées dans le but de recruter plus d’étudiantes et d’étudiants autochtones et racialisés, et de les convaincre que leur campus est sécuritaire et un espace inclusif pour leurs identités. Ce que ces initiatives ne parviennent pas à faire, c’est reconnaître la nécessité absolue de faire des changements dans le cadre de nos pratiques et de nos cultures institutionnelles. Elles ne reconnaissent pas l’existence de l’étoffe raciste de nos établissements et son influence sur les expériences de ces étudiantes et étudiants. Nos établissements et nos universités prônent certainement la diversité et l’inclusion, mais offrent rarement un appui tangible à leurs étudiantes et étudiants racialisés et autochtones.

Il est important de reconnaître que nos établissements ont été construits par, et pour, les hommes blancs. Aucun projet de diversité ne pourra changer cette réalité. Les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones se sentent constamment sous-appuyés, ignorés, et éradiqués sur leur campus. Nos établissements prônent peut-être la diversité et l’inclusion, mais ils continuent d’investir activement dans les fabricants d’armes qui sont complices des attaques contre les pays d’origine des étudiantes et étudiants. Ils prônent peut-être la diversité et l’inclusion, mais ils continuent de surveiller excessivement leurs étudiantes et étudiants, d’appuyer et de financer des professeures et professeurs racistes, et d’être complices dans l’éradication des identités, des histoires et des cultures. Ils prônent peut-être la diversité et l’inclusion, mais ils n’offrent pas les ressources, les services et l’appui dont les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones ont besoin pour se sentir accueillis et en sécurité sur leur campus.

Malgré tout cela, les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones continuent de persévérer et de connaître la réussite sur leur campus et au sein de la société. Malgré le fait que bon nombre d’entre nous ne se sentent pas appuyés par nos établissements, nous avons réussi à trouver et à créer des espaces pour nous-mêmes en nous unissant. Plusieurs clubs et organisations ont assumé la responsabilité et le labeur de protéger et d’appuyer les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones quand leur administration les a laissés tomber. Les syndicats étudiants de partout au pays ont contribué à la création d’espaces pour les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones en créant des associations et des collectives étudiantes qui ont pour seul but de servir et d’appuyer les étudiantes et étudiants de couleur. Ce sont les syndicats étudiants qui appuient ces clubs culturels sur les campus qui offrent un espace pour les étudiantes et étudiants provenant de divers milieux. Les étudiantes et étudiants et les syndicats étudiants sont ceux qui sont constamment au premier rang du mouvement contre le racisme, et qui ont entrepris des initiatives qui appuient les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones en plus d’œuvrer pour responsabiliser leur établissement quant à leurs politiques et leurs gestes racistes.

À l’Université Ryerson, ce sont les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones qui ont entrepris le travail de responsabiliser leur établissement quant à l’héritage colonisateur et raciste de son homonyme, Egerton Ryerson. À l’Université Ryerson, ce sont les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones qui ont entrepris le travail de responsabiliser leur établissement quant à la nomination d’un président intérimaire notoirement raciste et anti-autochtone, Peter MacKinnon. À l’échelle nationale, ce sont les leaders étudiants racialisés et autochtones de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants qui ont reconnu qu’on avait besoin d’un Sommet sur l’expérience des étudiantes et étudiants racialisés et autochtones afin d’aider à créer un espace pour que les étudiantes et étudiants de partout au pays puissent se guérir, partager leur deuil et se mobiliser ensemble. Il ne s’agit que d’une poignée d’exemples du travail réel et tangible que les étudiantes et étudiants ont entrepris afin de s’appuyer les uns les autres, et de se tailler un espace plus sûr sur leur campus pour les générations à venir.

Tout ce travail est en danger lorsqu’on met en place des projets antidémocratiques comme l’initiative en faveur de la liberté de choix chez les étudiantes et étudiants qui a récemment été introduite en Ontario. C’est ce genre d’initiative qui attaque encore plus les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones et ne fait que renforcer la réalité raciste et oppressive de nos établissements et de notre société.

À toutes les étudiantes et tous les étudiants racialisés et autochtones de partout au pays, je vous dis merci. Merci pour votre travail, merci pour votre résilience, et merci pour votre détermination de vous appuyer les uns les autres. Merci de donner aux étudiantes et étudiants un espace pour se guérir, partager leur deuil et se mobiliser. C’est votre travail qui va sans aucun doute réussir à responsabiliser nos établissements et à démanteler la réalité raciste de nos établissements et de notre société.

À nos établissements et à quiconque est en train de lire cet article : je vous défie de passer par-dessus les projets de diversité et d’entamer une réflexion critique sur ce que vous pouvez faire pour mieux appuyer les étudiantes et étudiants racialisés et autochtones partout au pays. Afin de progresser réellement vers le démantèlement du racisme, nous devons reconnaître l’existence de l’étoffe raciste de notre société et mieux appuyer les étudiantes et étudiants qui effectuent ce travail depuis des décennies.