En janvier 2019, le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a annoncé la mesure en faveur de la liberté de « choix » chez les étudiantes et étudiants. Cette mesure élimine les cotisations collectives pour les groupes et les organisations dirigés par les étudiantes et étudiants et rend optionnels les frais afférents pour lesquels les étudiantes et étudiants ont voté lors de référendums démocratiques. Elle réduira donc la capacité des syndicats étudiants de représenter leurs membres et de leur fournir des services.

La mesure en faveur de la liberté de choix chez les étudiantes et étudiants est inquiétante pour plusieurs raisons. Premièrement, il s’agit d’une tentative à peine déguisée de faire taire les syndicats et les organisations étudiants qui ont critiqué Ford et son gouvernement. Deuxièmement, la mesure va enlever les fonds des services étudiants, et les services qui répondent spécifiquement aux besoins des groupes en quête d’équité et des étudiantes et étudiants à faible revenu seront particulièrement en danger.

Nous avons discuté avec des coordonnatrices et coordonnateurs de centres de services étudiants dans des établissements postsecondaires en Ontario de comment la politique de Ford pourrait les affecter et affecter leur travail. Les réponses ont été éditées pour plus de clarté.

Paul est le coordonnateur sortant de la banque alimentaire de l’Université de Windsor.

Quels services sont offerts par votre centre?

Nous offrons du pain, des fruits et des légumes frais ainsi que des produits non périssables à nos étudiantes et étudiants. Nous offrons aussi des produits d’hygiène et, durant l’hiver, nous distribuons des vêtements chauds à nos étudiantes et étudiants. De plus, nous offrons des ressources pour appuyer les étudiantes et étudiants dans l’élaboration d’un budget et la recherche d’emploi.

Quel est votre rôle en tant que coordonnateur de la banque alimentaire?

Je gère les bénévoles et je tisse des liens avec les autres banques alimentaires locales, je mène des collectes de fonds sur le campus et hors campus, je fais de la sensibilisation pour informer les étudiantes et étudiants actuels et futurs de nos services, je mène des initiatives pour éliminer la stigmatisation liée à l’utilisation de la banque alimentaire, j’organise les dons, je demande aux étudiantes et étudiants ce qu’ils désirent et je fais des changements en conséquence et, bien sûr, j’achète la nourriture.

Combien d’étudiantes et d’étudiants utilisent vos services?

Environ 110 étudiantes et étudiants par semaine.

Que pensez-vous que le centre symbolise pour les étudiantes et étudiants qui utilisent vos services?

Il est symbole de sécurité alimentaire et de tranquillité d’esprit. Il rappelle aux étudiantes et étudiants que nous sommes toujours là pour les appuyer même s’ils n’ont pas les moyens de subvenir à leurs propres besoins.

Qu’est-ce que la mesure en faveur de la liberté de choix chez les étudiantes et étudiants signifie pour le travail que vous faites avec le centre?

La mesure en faveur de la liberté de choix chez les étudiantes et étudiants nous met dans une position très précaire et menace la façon dont nous allons soutenir les étudiantes et étudiants à l’avenir. En tant que coordonnateur, c’est déchirant. Je vois le nombre d’étudiantes et étudiants qui viennent à la banque alimentaire chaque jour, qui ont faim et qui ont besoin de nourriture, et je ne peux pas imaginer qu’un jour, je vais devoir les refuser parce que je n’aurai plus rien à leur offrir.

Que pensez-vous de l’avenir du centre une fois que la mesure en faveur de la liberté de choix chez les étudiantes et étudiants est mise en place?

Cette politique est particulièrement inquiétante parce que ça signifie que si un nombre assez élevé d’étudiantes et d’étudiants ne paient pas les frais, nous n’aurons plus de banque alimentaire ou même de syndicat étudiant. Ma préoccupation principale est qu’un grand nombre des étudiantes et étudiants qui utilisent notre service sont des étudiantes et étudiants diplômés internationaux. Je crois qu’un impact potentiel de l’annonce de Ford concernant la réduction de 10 pour cent des frais de scolarité pour les étudiantes et étudiants canadiens est qu’elle rendra la vie plus difficile pour ces étudiantes et étudiants internationaux qui cherchent de l’aide par l’entremise de la banque alimentaire si nous n’avons plus de nourriture à leur offrir et qu’ils doivent assumer des frais de scolarité plus élevés.

Dans le cadre de la mesure en faveur de la liberté de choix chez les étudiantes et étudiants, les services comme ceux offerts par la banque alimentaire de l’Université de Windsor seront facultatifs. Cela pourrait les forcer à modifier leur mandat, à restreindre l’étendue de leurs services ou même à fermer leurs portes. Vous pouvez agir pour éviter cette situation. Visitez fceeontario.ca/action pour plus de détails.